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Pansement

Je me suis couché très tôt et levé très tôt. Ce sera peut-être mon rythme quotidien. Je n’en sais rien. Je ne vais pas me l’imposer. Je fais quatre séries de dix pompes. Sur Facebook, un comédien avec qui je me suis fâché il y a deux ans a partagé le Journal de confinement de Wajdi Mouawad. J’écoute, je réécoute, je retranscris le début et un passage vers la fin. La parole est murmurée, nue et pleine à la fois, c’est un pansement chargé des mythes littéraires, d’Œdipe à Lady Macbeth, hanté par une insondable culpabilité. "Les lavant deux fois par heure et trente secondes à chaque fois, je n'ai jamais eu les mains aussi propres qu'en ces jours de solitude. Et pourtant, malgré la propreté de mes mains, je dois bien être responsable de quelque chose."

J’espère que le bureau de tabac sera ouvert à 7h30. J’imprime une autorisation de déplacement, je coche la case correspondant aux "déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelle des personnes, à l’exclusion de toute pratique sportive collective, et aux besoins des animaux de compagnie". Huit cents mètres environ me séparent du bureau de tabac. Ce sera une activité physique individuelle. Marcher. Je ne peux pas encore courir — mes chevilles sont encore douloureuses, j’ai trop forcé la semaine dernière.

En sortant, les deux premiers véhicules que je vois passer sont des camions militaires, chargés de militaires qui tiennent des armes. Une seconde d’étonnement, et aussitôt je conviens que cela fait partie du décor dorénavant. Sur la route du retour, je salue un vieux monsieur qui rentre chez lui en s’aidant d’une canne. Nous nous saluons souvent, toujours avec le sourire. Je dois être l’un des rares habitants du quartier qui se rend dans le centre-ville à pied plutôt qu’en voiture. Son visage reste présent, je ne crois pas que cela soit spécialement lié à la situation de confinement. Il me fait le même effet chaque fois que nous nous croisons. Un vieillard chenu, sourire entier, sourire des yeux plus que du bas du visage, sourire automatique mais sourire présent. C’est une politesse et plus que cela. Je crois que nous nous apprécions sans nous connaître.

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