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écrire ou pas - Page 2

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    Mes cheveux — crin de Cheval
    Le gant — fibre d’Ortie — et le savon Menthe
    Le pouce — orange Curcuma
    La peau de Soleil — par les murs — de Verre —
    Sorte de Vanité — romaine
    Un vague lit — un Désir — vague —
    Dans la chambre ici-bas — No Sex

     

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  • Bette-rave gitane

    bette_rave_gitane - Copie.jpg

    Son jus de betterave répandu — en forme de Gitane —
    La Maladresse et la Grâce — un clin d’œil — un Baiser — un Croissant Lunaire.

  • Jour 7, semaine 2, printemps

    Rome ne s’est pas construite en un jour, ni effondrée. Construction, effondrement : des siècles. La cité qui s’effondre l’ignore, se croyant en perpétuelle construction, quels qu’en soient les leurres et les aléas, fussent-ils des invasions barbares, aujourd’hui virales. Les hommes effondrent la terre depuis dix mille ans, et dans une fièvre exponentielle depuis près d’un siècle. L’on n’aime rien tant que les exponentielles, la griserie des exponentielles plutôt que la sagesse des cycles, Chronos l’effondreur plutôt qu’Aiôn — force de vie. Pratiquer l’effondrement d’une terre, c’est la labourer profondément. Naguère, je me suis promené dans les champs du village de mes rêveries enfantines, le maïs enraciné dans une substance qui n’était pas de la terre, quelque chose de gris, sans herbes, sans insectes, sans relief ni vie. Si nous ne nous sommes pas encore effondrés, la terre, elle, si. Chez Furetière, un poids peut effondrer le plancher d’une chambre ; la terre s'est effondrée : elle a fondu sous cette charrette ! Quant à cet homme, il heurte si fort qu'il semble qu'il veuille effondrer la porte ! Vider une volaille, lui ôter la poche, le gésier : en somme, l’effondrer. Nous avons effondré une chauve-souris ! J’en ai vu dix mille sur un marché en Indonésie ! Nous sommes des hommes goulus et fort ventrus. Goulus de confort et ventrus d'objets inutiles : nous sommes, comme l’écrit Furetière, de gros effondrés.

  • Le nombre des rameurs d'Ulysse

    00:04:02
    Nous ne vivons que la moindre partie du temps de notre vie, car tout le reste de sa durée n'est point de la vie, mais du temps.

    00:20:52
    Je n'ai pas le temps de vivre ! Pourquoi donc ? Parce que tous ceux qui vous attirent à eux vous enlèvent à vous-même.

    00:36:10
    Il est des hommes dont le loisir même est affairé.

    00:42:03
    Personne ne doute que ceux qui s'appliquent à d'inutiles études littéraires ne se donnent beaucoup de peine pour ne rien faire. Le nombre en est déjà assez grand, chez nous autres Romains. C'était la maladie des Grecs, de chercher quel était le nombre des rameurs d'Ulysse.

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    Ce Foulard — plus beau Paysage —
    Depuis ma Chambre — manque — le joli Chevrier

    foulard.jpg

  • Pansement

    Je me suis couché très tôt et levé très tôt. Ce sera peut-être mon rythme quotidien. Je n’en sais rien. Je ne vais pas me l’imposer. Je fais quatre séries de dix pompes. Sur Facebook, un comédien avec qui je me suis fâché il y a deux ans a partagé le Journal de confinement de Wajdi Mouawad. J’écoute, je réécoute, je retranscris le début et un passage vers la fin. La parole est murmurée, nue et pleine à la fois, c’est un pansement chargé des mythes littéraires, d’Œdipe à Lady Macbeth, hanté par une insondable culpabilité. "Les lavant deux fois par heure et trente secondes à chaque fois, je n'ai jamais eu les mains aussi propres qu'en ces jours de solitude. Et pourtant, malgré la propreté de mes mains, je dois bien être responsable de quelque chose."

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  • "Se poser les questions, mais autrement..."

    "Les lavant deux fois par heure et trente secondes à chaque fois, je n'ai jamais eu les mains aussi propres qu'en ces jours de solitude. Et pourtant, malgré la propreté de mes mains, je dois bien être responsable de quelque chose. Lady Macbeth sans le savoir. Mais alors, quelle est cette tache qui ne s'en va pas et que je n'ai de cesse de frotter? Quel crime ai-je commis? Quel roi ai-je égorgé? A moins que, à l'image de mon époque, je ne sois rien d'autre qu'un de ces milliers de Ponce Pilate, autre personnage obnubilé par la propreté de ses dix doigts, qui se demande bien en quoi cela peut le concerner. En ce cas, qu'est-ce qui, en me lavant les mains, risque aujourd'hui d'être mis à mort? Quel Christ j'envoie à sa crucifixion? Qu'est-ce qui est sublime et qui meurt? Qu'est-ce qui s'en va? Quel esprit de la forêt déserte le monde? De quoi dois-je dès à présent faire le deuil? L'insouciance? Il y a deux semaines, je ne peux pas dire que je me sentais insouciant. Climat, incendies, violences envers les femmes, libéralisme... Si le monde que je quitte par le confinement était celui-là, pourquoi désirer la fin de ce confinement au plus vite? Pour retrouver quel monde? Entre un monde qu[i m'écrase et celui qui aujourd'hui me statufie, comment ne pas rester hébété et sans réponse à cette question: quoi faire de ce confinement?
    [...]

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  • Picus veridis

    Il y a du vert, du gris-vert, du jaune et du rouge chez le pic-vert. Le picus veridis a une consonance véridique. Je me demandais depuis tout à l’heure quel était ce bruit intermittent. Quelque chose me dit que c’est un pic-vert depuis que j’ai ouvert la fenêtre. C’est un bruit de la nature, pas un bruit technique — comme cette scie à la vibration puissante et sourde qui s’ajoute aux chants d’oiseaux et au bruit continu des véhicules sur l’autoroute lointaine — une marbrerie — on scie des plaques de granit ou de marbre — monuments funéraires. Les oiseaux me font penser à Emily Dickinson car ils peuplent ses poèmes de leurs noms américains. "Mon Sort — aujourd’hui — c’est la Défaite": début d’un poème, début d’une chanson. J’ai commencé à y travailler hier soir — en sourdine — ne pas déranger les voisins aux oranges qui un soir m’ont envoyé un mail assassin nous demandant de "ne plus partager" nos vocalises avec eux. Le poème, j’y avance pas à pas. J’ai attaqué les deux premières strophes, pas comme le pic-vert, mais à pas feutrés. Je n’y ai pas encore rencontré d’oiseaux. Pour l’instant je n’y entends que des cloches — fewer bells… Olivier a emporté ma belle édition des sonnets de Shakespeare. Les sonnets de Michel-Ange aussi, le Canzoniere de Pétrarque. J’ai gardé le recueil de Pasolini, La religion de mon temps. On chantera chacun chez soi. Lui au pays de la langue d’oc, moi et ma langue d’oïl — mais je préfère chanter en américain — imparfait.